Entrevue | Guillaume Thérien de Triptyq Capital nous parle d’ambition


Entrevue | Guillaume Thérien de Triptyq Capital nous parle d’ambition

Publié le 9 janvier 2026    access_time 5 minutes

Le Sommet Xn, c’est la rencontre de l’écosystème québécois de la production d’expériences numériques où vos idées et votre expertise façonneront l’avenir de l’association et du secteur. En préparation de cette journée exceptionnelle de réflexion stratégique, nous vous proposons une série d’entrevues et d’études de cas inspirantes.

Guillaume Thérien est associé directeur chez Triptyq Capital, un «fonds de capital-risque en amorçage investissant dans les tech disruptives stimulant le divertissement numérique et les médias interactifs». Nous l’avons rencontré pour parler d’ambition, d’investissement et d’innovation. Trois sujets qu’ont certainement à coeur les producteurs et productrices d’expériences numériques du Québec.

Bonne lecture!

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Qu’est-ce qui vous a motivé à cofonder Tryptiq Capital? 

Triptyq est née d’un premier constat très clair : la technologie bouscule profondément les industries créatives. Nous sommes, et demeurons, à un point d’inflexion technologique majeur, porté par l’intelligence artificielle, le spatial computing et la 3D, la robotique, ainsi que les technologies immersives et interactives. Ces mutations ne sont pas marginales : elles redéfinissent la façon de créer, de produire, de distribuer et surtout de capter la valeur.

Face à cela, nous avons ressenti qu’il était de notre responsabilité de soutenir les entrepreneurs techno-créatifs d’ici. Le Québec et le Canada disposent d’un talent créatif et technologique exceptionnel, mais sans capital adapté, il devient difficile de transformer cette force en leadership durable. Notre ambition était claire : permettre à ces entrepreneurs de profiter pleinement de cette nouvelle vague technologique, de redéfinir les industries créatives, d’y capter davantage de valeur et de maintenir une position de pôle mondial dans ces secteurs.

Quel vide cherchiez-vous à combler dans l’écosystème des industries créatives, à quel besoin cherchiez-vous à répondre?

Le principal vide se situe au niveau du financement. Les modèles actuels ne sont tout simplement pas adaptés aux nouvelles réalités des industries créatives technologiques. Le capital disponible est largement public, donc très formaté, procédural, souvent structuré en remboursement de dépenses. Il est historiquement pensé pour des entreprises de services, selon une logique de budgets de production ou de projets.

Or, ce modèle limite fortement les retombées économiques à long terme. Il finance mal, voire pas du tout, le développement technologique, la création de propriété intellectuelle, la commercialisation et, ultimement, la valorisation des entreprises. 

Triptyq est précisément une réponse à ce constat. Nous avons créé un fonds de capital de risque en amorçage dédié aux industries créatives, qui investit dans des entreprises développant des technologies d’application. Notre approche vise à accompagner le développement de produit, à soutenir la mise en marché et à participer activement à la création de champions technologiques issus des industries créatives.

En somme, Triptyq existe pour combler l’écart entre créativité, technologie et capital, mais aussi pour donner aux entrepreneurs du secteur les moyens de leurs ambitions.

Quels types de projets ou d’entreprises créatives vous enthousiasment le plus actuellement?

Nous sommes particulièrement excités par les entreprises qui cherchent à réinventer la chaîne de production de contenu, notamment en tirant pleinement parti de l’intelligence artificielle. L’IA transforme en profondeur la création, la post-production et l’itération des contenus, avec des gains majeurs en efficacité, en créativité et en mise à l’échelle.

La distribution est un autre axe clé pour nous. L’essor de l’économie des créateurs redéfinit les habitudes de consommation, que ce soit en divertissement, en sports, en gaming ou en musique. On observe énormément d’innovations technologiques qui accélèrent cette transition et, surtout, qui reconfigurent les modèles de monétisation, en rapprochant créateurs et audiences.

Enfin, tout ce qui touche aux technologies immersives et interactives suscite un fort enthousiasme. Des avancées récentes en réalité augmentée, au boom du location-based entertainment (LBE), en passant par de nouveaux formats spectaculaires comme Cosm ou The Sphere, ces expériences repoussent les frontières du récit, de l’engagement et de l’expérience collective. 

À votre avis, le milieu culturel québécois célèbre-t-il suffisamment l’ambition entrepreneuriale? Est-ce qu’on a peur d’être ambitieux?

Honnêtement, non. Et ce n’est pas un terrain naturellement propice à l’entrepreneuriat tel qu’on le conçoit, surtout dans les milieux culturels et créatifs. Plus largement, au Québec, et au Canada en général, on ne célèbre pas suffisamment l’ambition ni les parcours entrepreneuriaux d’envergure.

À titre d’exemple, Daniel Langlois devrait être canonisé au Québec. Il incarne, à nos yeux, l’une des expressions les plus pures de l’ambition et du succès entrepreneurial québécois avec Softimage. Son héritage mérite d’être porté avec beaucoup plus de fierté. L’ensemble de notre écosystème techno-créatif, gaming, VFX, animation, lui est profondément redevable. Et pourtant, cette filiation est trop rarement mise de l’avant.

Je ne crois pas que ce soit une peur d’être ambitieux en soi. C’est davantage une aversion au risque, combinée à un manque de compétences, et parfois de confiance, en matière de commercialisation. L’ambition créative est bien présente, mais elle est trop souvent dissociée de l’ambition entrepreneuriale. Or, les deux doivent aller de pair si l’on veut bâtir des champions durables et exportables.

À quel moment une entreprise créative devrait-elle viser l’expansion plutôt que rester dans sa zone de confort? Y a-t-il un danger à rester dans sa zone de confort trop longtemps? 

Il n’existe pas de parcours typique ou standard en affaires. Chaque entreprise a sa propre trajectoire. Cela dit, le confort est souvent l’ennemi du progrès. Rester trop longtemps dans sa zone de confort peut limiter les opportunités et freiner la croissance, même pour les équipes les plus talentueuses.

Viser l’expansion et la croissance n’est pas uniquement une question économique. C’est aussi un levier pour attirer les meilleurs talents, prendre des risques calculés, accéder à de nouvelles opportunités et valoriser l’entreprise. En fin de compte, c’est ce qui permet à une entreprise de faire ses propres choix, de se positionner stratégiquement et de continuer à innover. L’expansion, lorsqu’elle est bien pensée, devient un moteur d’autonomie et de liberté pour l’entreprise.

Comment concilier des ambitions de croissance commerciale avec une vision créative pointue et un souhait de préserver la qualité des projets?

Honnêtement, je déteste cette question, parce qu’elle sous-entend qu’il faudrait choisir entre succès commercial et créativité, et il y a un certain mépris dans cette définition de « qualité de projets » . Historiquement, il y a eu des époques où les agences de publicité attiraient les plus grands talents créatifs et où notre créativité était célébrée partout dans le monde… tout en opérant dans un métier fondamentalement vénal.

Prenons un autre exemple, celui du streaming et de House of Cards : c’était un thriller politique noir, rejeté par presque toutes les plateformes traditionnelles. Est-ce une série «commerciale préfabriquée»? Évidemment que non. Cela montre qu’on peut créer des projets de qualité, audacieux et pointus, tout en construisant un succès économique.

Mon point, c’est qu’il existe un public pour tout type d’audience, et la vraie force réside à retomber amoureux des consommateurs: comprendre ce qu’ils veulent, les surprendre et leur offrir des expériences de qualité. C’est en réconciliant cette proximité avec l’audience et une ambition de croissance que l’on peut faire coexister créativité pointue et succès commercial.

Comment les entreprises créatives peuvent-elles innover au-delà du produit lui-même (modèles d’affaires, distribution, etc.)?

Tout commence par l’intention de faire les choses différemment, et cette philosophie doit être portée par les fondateurs eux-mêmes. Sans cette conviction, il est difficile de transformer une idée en innovation concrète.

L’innovation peut ensuite se manifester à plusieurs niveaux: technologie, pour gagner en efficacité et en compétitivité; modèle d’affaires, pour se distinguer sur le marché et pérenniser les revenus; ou encore distribution, pour garder le contrôle de la relation avec les clients et créer une expérience unique.

Mais l’innovation ne suffit pas. Elle doit être protégée et valorisée. Sans stratégie de défense et de valorisation, elle perd rapidement de son utilité. Cela passe par la propriété intellectuelle, des partenariats stratégiques, l’accès à différents types de financement et de capitaux, ainsi que par l’attraction et le développement des talents et de l’expertise. Quand ces éléments sont alignés, de nouvelles opportunités s’ouvrent, et l’entreprise peut transformer son innovation en avantage et croissance exponentielle

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Participez au chantier «Ambition» du Sommet Xn 2026 et mettez l’accent sur la croissance et la commercialisation dans les orientations stratégiques de Xn Québec pour 2026‑2029.
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