Les défis de l’accessibilité universelle aux expériences numériques
Publié le 19 février 2026 access_time 5 minutesÀ l’automne dernier, nous vous proposions un article autour de la représentation (ou plutôt, malheureusement, dans la plupart des cas, l’absence de représentation!) de la diversité capacitaire au sein des expériences numériques. En continuité, nous souhaitions explorer les enjeux de l’accessibilité universelle aux expériences numériques, des défis qui ne peuvent laisser aujourd’hui aucun.e producteur.trice numérique indifférent.e.
L’accès de tous et toutes à notre offre culturelle et artistique est à la fois une nécessité publique mais également un formidable outil d’ouverture aux publics les plus divers possibles. S’il n’est pas toujours évident de s’assurer de répondre à l’ensemble des enjeux individuels, il est tout de même possible, et facilement, de mettre en place des éléments de base permettant une plus grande accessibilité de nos productions.
Comme le rappelle le gouvernement canadien au sein de sa riche Boite à outils de l’accessibilité numérique, il existe quatre types de handicaps les plus courants et auxquels il est possible d’adapter ses productions numériques, soit les déficiences auditives, les déficiences visuelles, les handicaps cognitifs et enfin les handicaps de mobilité, de flexibilité et de structure corporelle.
Des outils pour les déficiences auditives
En ce qui concerne les déficiences auditives, qui concernent à la fois les personnes sourdes et malentendantes mais également celles présentant un trouble du traitement auditif central (soit «une difficulté à entendre et à comprendre la parole même si aucune perte d’audition mesurable exist »), plusieurs pistes sont ainsi proposées. Par exemple, les producteur.trice.s vidéo peuvent s’assurer de la mise à disposition d’un sous-titrage, d’une interprétation en langue des signes ou encore d’une transcription et les producteur·trices d’expériences in situ s’assurer de fournir, en complément des alertes et signaux sonores, des alertes visuelles, qui peuvent prendre la forme de lumières qui «clignotent, pulsent, diminuent ou s’allument et s’éteignent». Du point de vue de la conception des expériences numériques, les auteur.trice.s de la boîte à outils recommandent également l’utilisation d’une «mise en page linéaire et logique», la «segmentation du contenu avec des sous-titres, des images et des vidéos» ou encore le choix laissé aux utilisateur.trice.s de «choisir leur moyen de communication préféré» dans le cadre des échanges avec les services.
Des recommandations pour les déficiences visuelles
Le terme «déficiences visuelles» couvre les personnes aveugles et malvoyantes, mais également les personnes daltoniennes ou dont la vision est basse. Là encore, plusieurs recommandations sont proposées par les auteur.trice.s aux producteur.trice.s numériques, soit, notamment, «l’utilisation de bons contrastes de couleurs et une taille de police lisible», «l’utilisation d’une combinaison de couleurs, de formes et de textes», soit éviter la trop grande uniformité des designs proposés, n’utilisant par exemple «que la couleur pour transmettre l’information». De surcroît, pour aller plus loin, il est également possible d’intégrer des technologies adaptives telles que des propositions de synthèse vocale.
Ne pas oublier les différences cognitives
Les handicaps cognitifs recouvrent, eux, les handicaps intellectuels se caractérisant par «des limitations importantes à la fois dans le fonctionnement intellectuel et dans le comportement adaptatif», mais aussi les enjeux de lecture et de dyslexie, les handicaps mathématiques et informatiques (qui «ont un impact sur la capacité d’une personne à apprendre et à communiquer les mathématiques»), les troubles d’hyperactivité avec déficit de l’attention (TDAH), les troubles d’apprentissage non verbal, et enfin les troubles du spectre de l’autisme. Ces dernières peuvent en particulier présenter certains traits qui peuvent affecter leur accès au numérique, telles que des difficultés de communication, soit «utiliser et comprendre le langage, établir un contact visuel, donner des réponses sans rapport aux questions et répéter des mots et des phrases à plusieurs reprises», ainsi que, entre autres caractéristiques, des sensibilités sensorielles, soit des «réactions inhabituelles au son, à l’odeur, au goût, à l’apparence ou à la sensation des choses». Là encore, la boîte à outils propose des actions simples qu’il est possible de mettre en place au sein des productions numériques, comme, par exemple, l’utilisation de couleurs simples et de polices sans empattements, l’utilisation de «phrases simples et de listes à puces», la «création de boutons descriptifs» ou encore «la construction de mises en pages simples et cohérentes». Il est aussi possible d’offrir aux utilisateur.trice.s un certain contrôle sur les couleurs et les contrastes ou encore de privilégier les supports audio et vidéo pour interagir. Surtout, il sera important de ne pas surcharger d’information les utilisateur.trice.s, et, dans la mesure du possible, éviter les expressions du langage familier. Sans oublier d’éviter au maximum de «presser les utilisateur.trice.s » ou définir de courts délais pour accomplir des tâches».
Comment inclure les personnes touchées par des handicaps de mobilité, de flexibilité et de structure corporelle?
Enfin, les handicaps de mobilité, de flexibilité et de structure corporelle concernent, eux, les personnes rencontrant des enjeux de dextérité manuelle ou de contrôle de la motricité fine, des enjeux de déambulation (soit la «capacité de marcher d’un endroit à l’autre de façon autonome avec ou sans appareil fonctionnel»), une fatigue musculaire, mais couvrent aussi les handicaps de taille ou de forme du corps. Pour elles et eux, la boîte à outils gouvernementale recommande notamment la mise en place de larges zones d’actions cliquables, le développement d’interactions adaptées aux personnes utilisant seulement le clavier ou la voix ou encore la possibilité d’utiliser des raccourcis. De surcroît, il sera évidemment important d’adapter les expériences numériques in situ pour permettre un accès universel. À cette fin, l’organisme québécois Kéroul peut être d’une aide précieuse pour les producteur.trice.s; ayant pour mission l’accessibilité de la culture aux personnes à capacité physique restreinte, il offre en effet des formations et accompagnements aux événements et offres culturelles souhaitant améliorer leur accessibilité.
Crédit photo entête: RDNE Stock project


